Au début du 18e siècle, le réseau routier n'occupe qu'une infime partie du vaste territoire de la Nouvelle-France. Il existe bien des rangs et des bouts de route dispersés ça et là, mais aucune voie ne relie encore la capitale, Québec, à Montréal. C'est en 1706 que le Conseil supérieur prend la décision de construire une route qui longe le fleuve, là où se trouvent les habitations. Grâce à ses «corvées du Roy», le grand voyer Eustache Lanouiller de Boisclerc peut entreprendre les travaux en 1731. Au terme du chantier, en 1737, le Chemin du Roy fait 7,4 mètres de largeur et s'étire sur 280 kilomètres, à travers 37 seigneuries. Le chemin du Roy est alors la plus longue route aménagée au nord du Rio Grande. Il va servir au courrier et aux voyageurs qui utilisent pendant un siècle et demi des calèches, des diligences, des malle-postes et des carrioles d'hiver. Il comportera jusqu'à 29 relais. Parmi les plus fréquentés à cause de leur localisation : Berthier, où le repas de midi est toujours servi, Trois-Rivières, pour un arrêt nocturne, et Deschambault. Au galop des chevaux, on pouvait faire le voyage en deux jours! Aujourd'hui, la route 138 emprunte, dans sa plus grande part, l'ancien tracé, de Repentigny à Saint-Augustin-de-Desmaures en passant par Trois-Rivières. Le chemin du Roy, c'est le frère terrestre du fleuve Saint-Laurent. Avec lui,qu'il suit tout du long, il est la grande voie de l'histoire du Québec, avec ses paysages et son patrimoine fascinants, la voie, toujours vivante, de la Nouvelle-France au 21e siècle. (D'après Christian Morissonneau, historien et professeur au Département des Sciences humaines, Université du Québec à Trois-Rivières)
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